Jeudi 17 Décembre 2009
Incapables d’assumer leurs bourdes, ministres et cadres de l’UMP se déchargent systématiquement sur le web. Une défense qui prend d’autant moins que l’UMP, en piratant articles et musiques, piétine allègrement la loi Hadopi qu’elle a fait adopter !
Prise en flagrant délit de désintérêt pour le Parlement européen par M6, il aura fallu moins de 24 heures à Rachida Dati pour accuser Internet : un record ! « Je trouve donc malheureux ce buzz et cette polémique, encore, qui est faite sur le net », déclarait l’eurodéputé UMP sur Europe 1 après que l’extrait du reportage de l’émission 66 minutes la montrant en train de se plaindre du trop plein de boulot au Parlement de Strasbourg et de se plaindre d’être obligée de faire « la maligne » pour les journalistes. Un peu facile... mais si courant !
A croire que le magasin à excuses de l’UMP est en rupture de stock, le web est devenu l’arme anti-polémique préférée de ses cadres. En le brandissant de façon aussi rapide, Dati voulait éviter de trop faire émerger un débat gênant : depuis quand un élu se plaint-il d’avoir « trop de travail » ? Mais, comme si l’argument ne suffisait pas, l’ex-Garde des Sceaux a mis en avant sa fille malade ainsi que le fameux « c’est parce que je suis une femme » utilisé naguère par Ségolène Royal. Trois précautions valent mieux qu’une !
Les défauts d’Internet que la majorité déteste : sa mémoire et sa viralité
Il faut dire qu’à force de se décharger d’erreurs de plus en plus grosses sur le web, l’UMP a fini par user l’argument. Pour faire oublier ses considérations historiques douteuses sur un débat sur l’identité nationale en Allemagne qui aurait pu éviter la deuxième guerre mondial, Christian Estrosi a tenté l’habituelle excuse du « contexte » que le web aurait écarté, empêchant de saisir son propos... Seul problème : une fois remise dans le contexte, la déclaration n’était pas moins honteuse, et le buzz a suivi son cours, malgré la tentative du ministre de l’Industrie de faire disparaître les preuves...
Car, dans chacune de ces affaires, deux qualités du web ont gêné les politiques : sa mémoire et sa viralité. Contrairement à la télévision, qui projette un flot d’images ne laissant qu’un souvenir approximatif, Internet capte les contenus et les déclarations sans en oublier une virgule. Pire : il les fait circuler par les réseaux sociaux, les offrant au débat, nourrissant le buzz... Bref, difficile de planquer ses bourdes sur Internet !
Quand l’UMP utilise le web, il se plante... et se prive de son excuse préférée !
L’ironie, c’est que l’UMP a désormais pris l’habitude d’utiliser cette arme pour créer le buzz. Que ce soit par la présence active de Frédéric Lefebvre ou Nathalie Kosciusko-Morizet sur Twitter ou bien par le lipdub des Jeunes populaires, le parti présidentiel surfe, lui aussi, sur l’effet Obama, espérant connaître la même gloire qu’Europe écologie avec son clip...
Las, en tentant de s’offrir une image moderne par l’usage du web, l’UMP montre un amateurisme révélateur de son peu de foi dans ce support : alors que le parti avait déjà du payer quelques dizaines de milliers d’euros pour avoir utilisé sans prévenir les auteurs une chanson du groupe MGMT, les Jeunes populaires ont trouvé le moyen d’enregistrer leur lipdub en choisissant « par erreur » une chanson dont ils n’avaient pas les droits ! Non content d’avoir garanti une humiliation durable aux ministres ayant joué les Claudettes, les jeunes se sont montrés incapables d’appliquer les prinicpes qu’ils prétendent défendre avec la Hadopi !
Et quand Frédéric Lefebvre reprend un article du site Slate sans l’autorisation de ses auteurs, la question se pose de savoir si l’UMP a compris l’un des principes de base du web : l’identité numérique ! Un parti qui pirate alors qu’il prétend lutter contre le piratage, dont les cadres profèrent des crétineries puis mentent en disant ne jamais les avoir prononcées ou encore accuse les internautes de le calomnier... Une sacré e-réputation qui risque bien de lui peser comme un boulet à l’approche d’une élection présidentielle que Nicolas Sarkozy veut aussi gagner sur Internet. S’il veut faire son Obama en 2012, il ferait mieux de dépenser les 1,9 millions d’euros de budget web de l’UMP dans l’achat d’un autre parti plutôt que de les confier à des boulets pareils !
Sylvain Lapoix - Marianne
Voir en ligne : http://www.marianne2.fr